
À Monaco, les supercars sont partout. Mais combien sont vraiment nées sur le Rocher ? Presque aucune. Sauf une, que même beaucoup de passionnés ont oubliée : la MCA Centenaire.
Conçue au début des années 1990, construite à cinq exemplaires seulement, elle cache un V12 de Lamborghini et une coque en carbone, des années avant que la McLaren F1 ne rende cette technologie célèbre. Aujourd’hui, le tout premier exemplaire s’apprête à passer sous le marteau, avec une estimation qui peut atteindre 1,2 million d’euros. L’histoire a été repérée par le site américain Carscoops.
Un pari monégasque un peu fou
Derrière la Centenaire, il y a Fulvio-Maria Ballabio, un ancien pilote passé par la Formule 2 et le championnat CART américain. En 1990, il fonde Monte Carlo Automotive (MCA) avec une ambition claire : jouer dans la même cour que les Italiennes et les Anglaises. Pour cela, il s’entoure de gens venus de la Formule 1 et du sport automobile.
Sur le papier, le plan prévoyait une centaine de voitures. Dans la réalité, seules cinq Centenaire sortiront de l’atelier entre 1990 et 1992.
Un cœur de Countach
Pour motoriser sa supercar, MCA ne fait pas les choses à moitié. Elle obtient de Lamborghini le V12 atmosphérique de 5,2 litres de la Countach 5000 QV, l’un des moteurs les plus mythiques de l’époque. Installé en position centrale arrière, il développe environ 449 chevaux, envoyés uniquement aux roues arrière via une boîte manuelle à grille apparente.
Autrement dit, une voiture pour puristes, sans filet ni assistance. Selon Carscoops, Lamborghini aurait livré plusieurs moteurs à MCA, avant de se montrer moins enthousiaste avec l’arrivée de sa propre Diablo. Pas question de faire de l’ombre à son nouveau modèle phare.
Du carbone avant la McLaren F1
Le vrai trésor de la Centenaire, pourtant, ne se voit pas. C’est sa structure : une coque monocoque entièrement en fibre de carbone, une rare audace pour une voiture de route produite en petite série à l’époque.
McLaren utilisait déjà le carbone en Formule 1 depuis 1981, mais sa célèbre F1 de route n’arrivera qu’en 1994. La Jaguar XJR-15, elle aussi à coque carbone, est apparue à peu près au même moment que la MCA. Quant à la Ferrari F40, icône de la fin des années 1980, elle mélangeait encore acier, Kevlar et composites.
L’intérêt du carbone est simple : plus léger et plus rigide que l’acier ou l’aluminium, il améliore à la fois les performances et la tenue de route. Le revers de la médaille, c’est son coût. Au début des années 1990, les procédés de fabrication sont encore balbutiants, et une coque carbone coûte une fortune, surtout pour un petit constructeur. Sans parler des réparations : après un gros choc, il faut souvent remplacer toute la structure.
Le mauvais moment, au mauvais endroit
La Centenaire arrive pile au moment où la bulle spéculative des supercars de la fin des années 1980 éclate. Les acheteurs disparaissent, les prix s’effondrent. Ajoutez à cela des coûts de production énormes, une marque inconnue sans réseau de vente, et un Lamborghini, alors propriété de Chrysler, peu pressé d’aider une rivale potentielle de la Diablo. Les tentatives de relance dans les années 1990 n’y changeront rien.
MCA a pourtant rêvé plus grand. Deux voitures auraient été préparées pour les 24 Heures du Mans, et elles auraient atteint environ 354 km/h lors d’essais. Un chiffre digne des meilleures GT de l’époque. Mais elles ne prendront jamais le départ de la course.
Le châssis n°1 cherche un nouveau propriétaire
La voiture mise en vente n’est pas n’importe laquelle des cinq. C’est le tout premier châssis assemblé, celui qui a servi aux essais, au développement et aux présentations officielles. Sa mission accomplie, il a dormi un temps chez Lamborghini, avant d’être offert à Fulvio-Maria Ballabio lui-même.
Repeinte en bleu à un moment de sa vie, la Centenaire a retrouvé en 2016 sa teinte d’origine après une restauration complète : un ivoire clair, avec un intérieur en cuir rouge.
Elle sera proposée par la maison Broad Arrow lors du Zoute Concours, en Belgique, le 9 octobre. L’estimation va de 900 000 à 1,2 million d’euros, soit environ 1 à 1,4 million de dollars. Pas mal pour une voiture restée si longtemps dans l’ombre, et dont le style ne fait pas l’unanimité.
Pourquoi les collectionneurs la guettent
Le grand public ne la connaît pas, mais les collectionneurs, eux, savent compter. Cinq exemplaires seulement. Un V12 de Countach. Une coque carbone en avance sur son temps. Une origine monégasque introuvable ailleurs. Et, cerise sur le gâteau, le châssis numéro un.
Aujourd’hui, toutes les hypercars ou presque ont une coque en carbone, fabriquée de manière industrielle, chez Bugatti à Molsheim comme ailleurs. La Centenaire rappelle qu’avant de devenir la norme, cette technologie a été tentée par un petit atelier de Monaco, avec plus de passion que de moyens. C’est peut-être ça, au fond, que son futur propriétaire achètera.
